La planète des Singes : Mouhamed Haikel Chouchen

La planète des Singes

Mouhamed Haikel Chouchen

“Science sans conscience n’est que ruine de l’âme “. C’est  une citation tant échangée depuis le début  de ce siècle où les innovations technologiques ne cessent d’envahir notre vie quotidienne au détriment de notre humanité.  On parle auparavant de ” l’ère de la vitesse”, du STRESS… Désormais, il y a un fléau  plus nocif que tout ça : Les SMART PHONES

Le téléphone portable apparu depuis la fin des années quatre vingt dix a bouleversé, certes, notre vie, mais je pense que c’était dans le sens positif d’une façon générale, bien qu’il y eût des manipulations ennuyantes du genre “t’es où” ou  “je veux faire connaissance “… sans oublier que cette découverte a substitué les courriers papiers, les agendas, la communication directe…etc  mais ça reste, à notre sens, avec des dégâts acceptables et relatifs. Où est le problème alors ?

Les choses sérieuses ont commencé avec  l’apparition  des SMART PHONES couplée à celle du FACEBOOK, ces appareils sont dotés d’une panoplie d’applications téléchargeables à partir des STORES des différents OS Mobile (iPhone, ANDROID…), la connexion à Internet via les réseaux 3G ou 4G actuellement a permis, en outre, l’accès  continu et facile aux réseaux sociaux. Ainsi commence une ultime “histoire d’amour” entre les Tunisiens et les SMART PHONES. On constate que les gens, toutes couches sociales et tranches d’âge confondues, sont tout le temps, dans un état de “coma” total, penchés sur leurs téléphones, isolés et  inconscients de ce qui ce passe autour d’eux.

Ce phénomène est très fréquent dans les moyens de transport commun, dans les salons de thé et même dans les rassemblements familiaux. Parfois des cousins qui ne se sont pas vus depuis longtemps, se réunissant à l’occasion de l’Aïd, par exemple, chacun d’entre eux se branche  sur son univers à lui et se colle à son téléphone dans un acte d’indifférence totale.

On ne va pas traiter les dommages physiques de ce fléau touchant la vue, l’ouïe, le cerveau… car ce n’est pas encore prouvé cliniquement à 100% et ça reste négligeable par rapport à d’autres dangers comme le tabagisme ou l’alcool. On va mettre l’accent par contre sur les dégâts au niveau COGNITIF  des enfants et adolescents. On va traiter également dans le prochain article les effets nocifs sur le plan Social.

D’abord, il faut savoir que pour forger la personnalité et le bagage cognitif d’un enfant, il faut lui soumettre à trois exercices principaux : Lire, écrire et apprendre. Si l’une de ces tâches, qu’on appelle aussi Activités corporelles, manquait à l’enfant, le processus d’apprentissage  et d’accès à l’information sera inachevé.  Néanmoins la lecture et l’écriture à la main sont en voie de disparition. En effet, que ce soit pour envoyer un message à un proche, prendre des notes pendant une réunion ou tout simplement se souvenir d’un rendez-vous, l’écriture manuelle semble lentement disparaître au profit de la frappe sur clavier physique ou numérique. Pour expliquer un petit peu ce phénomène on va citer une partie d’un article publié dans le « Digital Society Forum » 1  élaboré par David-Julien Rahmil en 2015 et qui s’intitule “Écrire à la main, c’est bon pour le cerveau“.

« Si pour le moment aucun enfant n’a jamais été confronté à un apprentissage de l’écriture exclusivement réalisé avec des outils numériques, cette concurrence entre le stylo et le clavier suscite une controverse.
Car au-delà des comparaisons d’usage et d’efficacité entre les deux outils, l’étude de notre cerveau par les neurologues révèle que l’écriture « à la main » est indispensable dans les processus d’apprentissage. Grâce à l’imagerie par résonance magnétique ou IRM, les chercheurs peuvent à présent voir les zones cérébrales actives pendant l’écriture cursive mais aussi pendant la lecture de lettres de l’alphabet. Ces études révèlent que l’information nerveuse qui détermine l’ordre d’écriture des caractères est située dans le cortex moteur et le cortex somato-sensoriel. Ces deux zones très proches du cerveau nous permettent d’une part de planifier, contrôler nos mouvements et engendrer un apprentissage entièrement tourné vers le numérique, et, d’autre part, de traiter les informations que nous percevons grâce au sens du toucher. L’écriture est donc une affaire de mouvements et de sensations, ce qui en soit n’est pas une découverte révolutionnaire. En revanche, les chercheurs ont été étonnés d’apprendre que la lecture de caractères fait appel aux mêmes zones, en plus de l’aire cérébrale de la lecture. Cette découverte prouve que notre cerveau trace virtuellement et inconsciemment les lettres qu’il reconnaît : la reconnaissance de caractères serait plurimodale, se faisant à la fois par la vue mais aussi par le toucher ou plus exactement par la simulation mentale et inconsciente des mouvements que l’on fait pour les écrire.

C’est le corps qui écrit.

En somme, lire serait écrire, et un réseau neuronal étendu participe à ce processus puisque d’autres zones cérébrales sont concernées comme celle du langage ou bien celles liées aux processus d’apprentissage et de compréhension. En comparaison, l’écriture exclusive au clavier ne parait pas aussi bénéfique. Quand les lettres sont tapées au clavier, le processus cérébral en action est totalement différent puisque la correspondance entre la lettre et le mouvement est arbitraire. Au niveau moteur, les processus sont beaucoup simples et sollicitent beaucoup moins le cerveau. Bref, apprendre à écrire grâce au clavier n’est pas forcément recommandé et son usage intensif pour la prise de notes au niveau supérieur des études serait lui aussi peu bénéfique en termes de mémorisation et de réflexion. Comme l’avait souligné Maria Montessori, créatrice de la méthode pédagogique du même nom, la cognition se nourrit de l’activité corporelle. Tout comme les calculettes n’ont pas remplacé l’usage du calcul mental, l’écriture manuelle est donc loin d’être obsolète et participe activement à une forme d’apprentissage, même à l’âge adulte. »
D’après cette étude les activités corporelles sont indispensables dans le processus d’apprentissage, le développement de la mémoire et la concentration. Pour les enseignants, au niveau supérieur le phénomène de frustration, de manque de concentration et d’inattention ainsi que les troubles de mémoire  est devenu spectaculaire.

Là où la technologie substitue l’une des compétences humaines, l’organe ou le sens concerné se dégrade automatiquement. Une étude faite par des gynécologues a montré que le nombre de césariennes a augmenté par rapport aux accouchements par voie basse et c’est la conséquence de l’utilisation des machines à laver automatiques. En effet, les tâches ménagères et notamment le lavage manuel des vêtements utilisant les bassins facilitent l’accouchement. Actuellement  ces tâches de ménages sont exercées en Europe sous forme d’exercices de sports dans des salles de GYM pendant le dernier mois de grossesse. Il suffit de citer à la fin, l’article apparu dans www.lepoint.fr intitulé « les enfants de Steve Jobs privés d’IPad » qui montre que le fondateur d’Upple tenait ses enfants à l’écart des tablettes et des Smart Phones.

Les exemples de la dégradation des compétences humaines sont nombreux, il faut évidemment sauver les jeunes et les sensibiliser si on veut réellement les épargner le sort de la « Planète des SINGES ».

1 -http://digital-society-forum.orange.com/fr/les-forums/91-écrire_à_la_main_c’est_bon_pour_le_cerveau

Share This:

Leave a Reply